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Responsables: Richard
Banégas, Pierre Boilley, Etienne
Le Roy |
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Axe
3~6 : Politiques
judiciaires et pratiques
de médiation |
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Responsable : Etienne
Le Roy
Participants
: Stéphanie
Dujardin, Jean Tounkara
Les politiques judiciaires offrent
un exemple caractéristique
des choix institutionnels initiés
par le colonisateur, de leurs
permanences bien au-delà de
l’accès à l’indépendance
et de la nécessité,
vu leur inadaptation, de les
contourner ou de les détourner
par des pratiques plus proches
des représentations des
acteurs, dans le cas de la médiation
comme expression d’un ordre
juridique négocié.
Les
orientations des politiques judiciaires
Les colonisateurs européens
ont, chacun selon son évolution
politique et institutionnelle
dans sa métropole, mis
en place une organisation judiciaire
qui repose sur deux principes
dérogatoires de l’ordre
juridique métropolitain
: dualité de juridictions
selon le statut des parties ;
prévalence d’un
mode administratif, voire politique,
de règlement des conflits
au détriment de l’ordre
judiciaire dont l’impact
est très réduit.
Ces deux principes ont donné lieu à la
mise en place de juridictions
indigènes ou tribunaux
coutumiers et au développement
de pratiques administratives
dites dans les colonies françaises « régime
de l’indigénat ».
Ces deux types d’institutions
ont été généralement
abolies à la fin de la
période coloniale (1944
pour le régime de l’indigénat).
Mais tous les Etats n’ont
pas adapté leurs principes
d’organisation sur le modèle
dit « moderne » et
selon l’unité de
juridiction. Le Cameroun a ainsi
maintenu l’organisation
que lui avait légué le
colonisateur français
et, initialement, le colonisateur
allemand.
L’étude des modes
contemporains d’organisation
judiciaire a fait l’objet
de monographies étatiques
(le Gabon, le Burkina Faso) ou
d’analyses plus thématiques
(la jurisprudence des tribunaux
coutumiers au Cameroun). Ces
travaux révèlent,
outre la permanence du modèle
colonial, une certaine uniformité des
politiques judiciaires en dépit,
donc au-delà, des orientations
idéologiques. Ceci justifie
l’inflexion donnée à la
recherche en anthropologie du
droit en ce domaine.
Plutôt que de multiplier
des descriptions de l’organisation
judiciaire des Etats africains
il a semblé plus utile
de se concentrer sur les pratiques
des acteurs. En effet, même
si aucune statistique n’est
disponible, on observe un mouvement
généralisé de
contournement du dispositif étatique
ou de détournement de
ses modes de fonctionnement.
Certes, la justice de l’Etat
rend quelques services et si
elle doit être refondée
elle ne doit pas être abolie
car elle répond à des
besoins précis : relations
commerciales, protections des
minorités, droits de l’homme.
Mais l’essentiel se passe
ailleurs, dans le cadre de ce
qu’on dénomme modes
alternatifs/populaires/informels
de règlement des différends.
Ces modalités ont fait
l’objet ces dernières
années d’une approche
descriptive et théorique
qui a permis d’en apprécier
l’efficacité et
la légitimité ainsi
que les modes de fonctionnement.
Ces analyses autorisent à concevoir
les nouvelles politiques judiciaires à mettre
en œuvre autour des principes
du pluralisme juridique et judiciaire
qui ont fait l’objet de
plusieurs publications. Ces nouvelles
approches soulignent l’incidence
de la négociation du différent,
donc la place de la médiation.
De
la médiation
La redécouverte de la
médiation dans les pays
occidentaux est récente.
Le LAJP qui fut un des initiateurs
de ces travaux en France a, en
1986, mis en place le premier
programme qui a permis, sur la
thématique de la prise
en charge de la différence
culturelle par les juridictions
des mineurs, de jeter un pont
entre les expériences
de médiation au nord et
au sud de la Méditerranée.
Au Sud, la médiation correspond à un
mode “ normal ” de
gestion du différend sur
la base d’une négociation
que l’on dénomme
palabre, de manière sans
doute simpliste. Dans ce contexte,
la principale difficulté tenait à l’ignorance
par l’ordre judiciaire
officiel des pratiques et principes
de médiation. Ces erreurs
tendent à être rectifiées
mais des pratiques annexes de
corruptions, népotisme,
clientélisme viennent
singulièrement compliquer
l’adaptation des politiques
aux demandes des justiciables.
C’est en effet l’Etat,
par sa faiblesse et son laxisme,
qui ruine les fondements d’une
bonne gouvernance.
Au Nord, une des originalités
de la démarche du LAJP
a concerné les populations
africaines en France et en particulier
les mineurs pour lesquels a été mis
en place, dans le cadre des tribunaux
pour enfants, une procédure
visant à améliorer
le dialogue interculturel entre
le magistrat et les familles
africaines. Cette démarche,
sous le titre d’intermédiation
culturelle, fait appel aux doctorants
africains du MALD et représente
une expérience de recherche
appliquée qui pourrait être, à la
demande insistante des magistrats, élargie à des
juridictions autres que celles
de la région parisienne.
L’intermédiation
culturelle et la médiation
font l’objet de recherches
doctorales. Un état des
lieux a été réalisé par
un colloque en décembre
2001 (Younès, Le Roy 2002)
et de nombreuses interventions
permettent en vulgariser les
résultats.
Perspectives de recherches sur
les politiques judiciaires
La mise en place d’un séminaire
mensuel sur les politiques judiciaires
avec diffusion des travaux et
conclusions sur le site DHDI
du LAJP a permis en 2003, de
mieux formaliser les démarches
collectives, consacrées
pour moitié à la
présentation (préparation
et compte-rendu) des travaux
de terrain et pour moitié à la
discussion de publications essentiellement
nord-américaines. Ces
recherches se poursuivront dans
les années à venir.
De même, l’expérience
d’intermédiation
culturelle dans les tribunaux
pour enfants est relancée
avec la formation de nouveaux
intermédiateurs, à la
demande expresse des magistrats
de ces juridictions. De plus,
les relations entre le recours à la
médiation et la gestion
des conflits devraient être
concrétisées sur
le plan de la formation dans
le cadre d’un projet coopératif
associant au moins quatre universités
parisiennes et des chercheurs
du CNRS. Des thèses de
doctorat en droit et en anthropologie
sont en préparation.
Enfin, sur un plan théorique,
nous nous préoccuperons
de construire et d’expérimenter
un cadre conceptuel intégrant
les modes judiciaires et la médiation
dans une théorie du conflit,
de sa prévention et de
sa résolution. Nos antécédents
sont nord-américains.
Mais les objectifs en sont sensiblement
différents et nos démarches
seront associés à d’autres
thèmes de cet axe ou d’autres
axes du MALD. |
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| © MALD 2003 - Université Paris 1 Panthéon Sorbonne / CNRS |
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