Axe
3~2 : Espaces publics
et citoyenneté |
 |
Responsable : Richard
Banégas
Participants :
E.
Adjovi, Thomas Atenga, Xavier
Audrain,
Daniel Bourmaud, Marie
Brossier, André Corten,
Christian Delmet, Marie Soleil
Frère, Julien Kieffer,
Alphonse Maindo R. Marshall-Fratani,
Dominique Malaquais, Didier Péclard,
Gérard Prunier, Emilie
Raquin , J. Roitman, Gilbert
Taguem Fah, J-P. Warnier
C’est autour de ce thème
que s’est développé une
part importante des recherches
des membres. Celles-ci peuvent
se décliner en trois sous-ensembles
:
Transformation
des modes de régulation
politique et nouvelles figures
de la citoyenneté économique
C’est le sillon que continue
de creuser Janet Roitman dans
ses recherches individuelles
et collectives. Il visait à rendre
intelligible les relations qui
s’établissent entre
l’apparition de nouvelles
formes de régulation locales
et transnationales et l’émergence
de nouvelles formes de subjectivation économique
et politique, notamment dans
les espaces frontaliers du bassin
du Lac Tchad. En analysant la
formation du « sujet fiscal » dans
cette région et son évolution,
il s’agissait de comprendre
comment se reconfigurent les
figures de la "citoyenneté économique"
et, corollairement, se recomposent
les rapports de pouvoir dans
une « éthique » partagée
de l’illégalité.
Ces réflexions ont conduit
de fait à une interrogation
sur la transformation des autorités
régulatrices, singulièrement
de l’Etat, où il
est apparu que les modalités
de formation et d’exercice
du pouvoir sont indissociables
des formes locales de construction
des savoirs.
Ces recherches ont donné lieu à de
nombreuses publications dans
des revues et ouvrages collectifs,
en anglais et en français
(cf. rapport individuel de Janet
Roitman), ainsi qu’à la
sortie imminente chez Princeton
University Press du livre de
Janet Roitman, Fiscal Disobedience
: An Anthropology of Economic
Regulation in Central Africa, à paraître
aussi en français chez
Karthala, sous le titre L’incivisme
fiscal. Une anthropologie de
la régulation économique
dans le bassin du lac Tchad.
Un colloque international sur
ce thème, organisé par
Janet Roitman, s’est également
tenu en septembre 2003 en Allemagne,
rassemblant des spécialistes
du Bassin du lac Tchad, dont
Gilbert Taguem Fah, chercheur
associé au labo. Les contributions
ont donné lieu à la
publication d’un n° spécial
de Politique africaine, n° 94,
juin 2004, en partenariat avec
le Club du Sahel.
Parallèlement à ces
recherches sur les modes de régulation
politique et la « citoyenneté économique » dans
le bassin du Lac Tchad, des recherches
connexes et comparatives se sont
poursuivies sur les « figures
de la réussite et du pouvoir »,
plus spécifiquement centrées
sur l’évolution
des itinéraires d’accumulation
et des imaginaires de la réussite
dans les sociétés
africaines contemporaines. Les
premiers travaux sur ce thème,
lancés en 2000 par R.
Banégas, J-P. Warnier,
R. Marshall-Fratani, D. Malaquais
et J. Roitman ont conduit à la
publication d’un dossier
de Politique africaine (n° 82,
juin 2001) intitulé « Figures
de la réussite et imaginaires
politiques ». Cette problématique
a ensuite été poursuivie
par chacun des auteurs (notamment
par Dominique Malaquais autour
de la figure du feyman camerounais
et par Richard Banégas
au cours de ses enquêtes
récentes en Côte
d’Ivoire) et a fait « école »,
puisque deux thèses de
science politique consacrées à la
RDC se sont engagées sur
cette voie. L’une, celle
d’Alphonse Maindo sur la
violence et le pouvoir, a été soutenue
le 26 mars dernier, l’autre,
celle d’Emilie Raquin (sur
les élites kinoises) est
en phase de rédaction
terminale. Tous les deux ont également
publié sur ce thème.
Cette problématique des
figures de la réussite
constituera un des axes de recherche
privilégiés du
nouveau contrat quadriennal.
Démocratie, autoritarisme
et citoyenneté : la problématique
des transitions politiques
Autre axe majeur des recherches
menées sous le thème
I de la transformation des espaces
publics africains : l’analyse
des processus dits de transition
ou de démocratisation
engagés depuis le début
des années 1990. Point
de recherches collectives sur
ce sous-thème, mais de
nombreux travaux individuels
qui ont donné lieu à communications
et publications, en français
et en anglais.
R. Banégas a publié un
ouvrage sur le processus de transition
au Bénin (La Démocratie à pas
de caméléon. Transition
et imaginaires politiques au
Bénin, Karthala, Coll.
Recherches internationales, sept.
2003) et bouclé (provisoirement
?) son programme de recherche
sur la subjectivation politique
par le vote qui s’est concrétisé par
diverses communications et publications
sur ce thème, dont un
colloque de l’AFSP à Bordeaux
et un ouvrage collectif en anglais
(dir. par Jean-Louis Briquet
et Peter Pels) sur les cultures
matérielles du vote à paraître
bientôt chez Hurst and
Co. Il poursuit désormais
sa réflexion sur la formation
complexe des identités
citoyennes et l’évolution
des imaginaires politiques sur
le terrain ivoirien où la
problématique de la citoyenneté se
pose avec une évidente
acuité. Au cours de ses
dernières missions, il
a notamment mené des enquêtes
en milieu populaire abidjanais
sur les significations sociales
de la nationalité, de
l’ivoirité et du
patriotisme qui mettent en évidence
l’affirmation puissante
d’une « citoyenneté du
terroir » où le
principe d’autochtonie
politique tient lieu de référent
central. Il a mené sur
le même thème (mais
auprès des Ivoiriens résidant
en France) une enquête
collective avec les étudiants
du DEA d’Etudes africaines
dont les résultats se
sont révélés
convergents. Les données
de ces enquêtes sont actuellement
en cours d’exploitation
en vue d’une future publication.
Elles vont être complétées
par une autre mission de recherche
portant plus spécifiquement
sur les micro-espaces publics
de quartier où se déploient
cette parole citoyenne et patriotique, à savoir
: les Parlements, Agoras et autres
Sénats qui se sont développés à l’initiative
des jeunes dans la plupart des
quartiers d’Abidjan et
constituent aujourd’hui
une toile serrée de contrôle
social et politique. De fait,
cette recherche sur la citoyenneté,
le nationalisme et le patriotisme,
conduit à une réflexion
plus large sur l’affirmation
des jeunes urbains qui, à la
faveur du conflit et de la violence, « se
lèvent en hommes » dans
l’espace public.
Daniel Bourmaud, quant à lui,
a continué d’explorer
les aléas des processus
de transition, en soulignant
l’importance du legs autoritaire
et la permanence de ses effets.
A l’inverse de R. Banégas
qui aborde ces phénomènes “ par
le bas ” dans l’ordre
des imaginaires, il privilégie
une approche institutionnelle
des régimes politiques.
Il a développé notamment
cette réflexion dans son
séminaire du DEA d’Etudes
africaines, mais aussi dans de
nombreuses communications et
publications en française
et en anglais.
Les recherches de deux doctorant
au moins s’inscrivent explicitement
dans le cadre de ce sous-thème.
Celles de Julien Kieffer, d’abord,
qui fait sa thèse sur
les espaces publics locaux et
les politiques publiques foncières
au Burkina Faso. Avec J-P. Jacob
de l’IRD Ouagadougou, il
mène actuellement un programme
de recherche collective assez
novatrice sur les citoyennetés
locales et contribue à la
mise en place d’un laboratoire
de recherche burkinabé intitulé « Recherche
sur les citoyennetés en
transformation » (RECIT)
associé à un pôle
action dirigé par Antoine
R. Sawadogo. La thèse
de Thomas Atenga (soutenue mi
mars), ensuite, consacrée
aux rapports entre le pouvoir
et la presse au Cameroun et au
Gabon depuis le début
des années 1990 fournit
une analyse en profondeur des
processus de restauration autoritaire
dans ces deux pays. C’est
une contribution importante à l’étude
des processus – ici ratés – de
transition.
Dans le cadre de l’axe
III, Thomas Atenga, doctorat
en poche, propose désormais
de lancer un nouveau groupe/programme
de recherche en collaboration
avec E. Adjovi (Agence internationale
de la Francophonie) et Marie
Soleil Frère (ULB Bruxelles)
sur “ les médias
et les transformations de l’espace
public en Afrique ” qui
devrait donner lieu à un
dossier spécial de Politique
africaine en 2005.
Dominique Malaquais, quant à elle,
a développé une
approche originale des processus
de subjectivation politique et
des dynamiques sociopolitiques
d’individuation, à travers
une analyse de l’architecture
et des cultures matérielles.
Quoique d’inspiration très
différente des recherches
susmentionnées, ses travaux
sur le Cameroun et l’Afrique
du Sud s’inscrivent à bien
des égards dans la problématique
de ce sous-thème (Voir
son livre paru chez Karthala
et autres publications in fiche
individuelle).
Dynamiques
religieuses, subjectivation politique
et citoyenneté
Enfin, un troisième sous-thème
s’est progressivement imposé comme
axe structurant des recherches
des membres de l’équipe
travaillant sur les espaces publics
: les dynamiques religieuses
comme vecteurs de recomposition
des figures de la citoyenneté et
de la subjectivité politique.
La problématique commune à ces
travaux réside dans la
volonté de se défaire
des anciennes grilles de lecture
des rapports entre politique
et religion en Afrique, pour
mettre l’accent sur les
dynamiques d’individuation
sociale et les imaginaires politiques
de la globalisation et de la
modernité, véhiculés
par les nouveaux mouvements religieux,
qu’ils soient d’obédience
chrétienne ou islamique.
Un dossier spécial de
Politique africaine (n° 87,
octobre 2002), dirigé par
Ruth Marshall-Fratani et Didier
Péclard, a été publié sur
ce thème, sous le titre « Les
Sujets de dieu ». Il traite
aussi bien des mouvements pentecôtistes
que des nouveaux imams du Caire.
R. Marshall a également
dirigé, avec André Corten,
un ouvrage comparatiste en anglais
sur les églises pentecôtistes
en Afrique et en Amérique
latine, (Between Babel and Pentecost
: Transnational Pentecostalism
in Africa and Latin America,
London: C. Hurst Publishers,
2000). Spécialiste reconnue
de ces phénomènes,
elle a aussi publié de
nombreux articles et contributions
sur ce sujet, principalement
axés sur son terrain,
le Nigeria.
Citons également à l’appui
de ces travaux sur les dynamiques
religieuses et la citoyenneté,
les travaux de notre collègue
Gilbert Taguem Fah, chercheur
associé, sur les mouvements
de réislamisation dans
le Nord Cameroun.
Soulignons enfin, dans la même
veine, les travaux en cours de
deux doctorants :
- Emilie Raquin citée
plus haut qui, dans son étude
sur les nouvelles figures de
la réussite en RDC, s’intéresse
tout particulièrement
aux pasteurs et aux nouvelles
Eglises de réveil qui
fleurissent à Kinshasa;
- Xavier Audrain qui, dans le cadre
d’un échange universitaire
avec l’université C.
Anta Diop de Dakar, réalise
une recherche passionnante sur
un nouveau mouvement politico-religieux
issu du mouridisme, le MMUD du « général » Modu
Kara, après
avoir travaillé sur les
Baye fall (cf. publications in
Politique africaine).
De nombreux mémoires de
DEA ont également exploré cette
veine, notamment en 2004 celui
de Marie Brossier qui vient d’obtenir
une allocation de recherche pour
mener à bien une thèse
comparatiste sur les débats
autour du droit de la famille
au Sénégal et en
Egypte sous l’influence
des mouvements de réislamisation.
Christian Delmet a poursuivi
ses recherches en histoire et
anthropologie sur les populations
(Funj, Hamaj, Jumjum et Maban)
du sud de l’Etat du Blue
Nile et du nord de celui du Upper
Nile, s’intéressant
plus particulièrement
aux systèmes de parenté et
de mariage et aux pratiques religieuses.
Il s’est intéressé aux
transformations politiques et
sociales au Soudan. Il a suivi
l’évolution des
relations Nord / Sud et entre
Khartoum et les autres « régions
marginalisées » :
Abyei, Southern Blue Nile, Mts
Nuba, Dar Fur, Kassala... Il
a également observé l’évolution
des relations du pouvoir avec
les oppositions (extérieure
et intérieure) ainsi qu’entre
le Soudan et la communauté internationale… En
tant que membre d’une mission
internationale, il a participé à une
enquête et un rapport sur
l’esclavage, les enlèvements
et le travail forcé au
Bahr al-Ghazal et au sud-Darfur.
Autant dire que dans le prochain
programme quadriennal les recherches
sur les dynamiques religieuses
et la subjectivation politique
continueront d’occuper
une place de choix, et tendront
même à se renforcer
en relation avec les autres recherches
menées dans l’UMR. |
|