Responsables: Richard Banégas, Pierre Boilley, Etienne Le Roy
Présentation de l'axe 3
Axe 3~2 : Espaces publics et citoyenneté
Axe 3~5 : Histoire contemporaine (XIXe-XXe siècles) de la région des Grands lacs : environnements, sociétés, pouvoirs
Axe 3~6 : Migrations et diasporas africaines et non africaines en Afrique
Axe 3~7 : Politiques judiciaires et pratiques de médiation
 
Axe 3~2 : Espaces publics et citoyenneté
 Responsable : Richard Banégas
 Participants : E. Adjovi, Thomas Atenga, Xavier Audrain, Daniel Bourmaud, Marie Brossier, André Corten, Christian Delmet, Marie Soleil Frère, Julien Kieffer, Alphonse Maindo R. Marshall-Fratani, Dominique Malaquais, Didier Péclard, Gérard Prunier, Emilie Raquin , J. Roitman, Gilbert Taguem Fah, J-P. Warnier

C’est autour de ce thème que s’est développé une part importante des recherches des membres. Celles-ci peuvent se décliner en trois sous-ensembles :

 Transformation des modes de régulation politique et nouvelles figures de la citoyenneté économique
C’est le sillon que continue de creuser Janet Roitman dans ses recherches individuelles et collectives. Il visait à rendre intelligible les relations qui s’établissent entre l’apparition de nouvelles formes de régulation locales et transnationales et l’émergence de nouvelles formes de subjectivation économique et politique, notamment dans les espaces frontaliers du bassin du Lac Tchad. En analysant la formation du « sujet fiscal » dans cette région et son évolution, il s’agissait de comprendre comment se reconfigurent les figures de la "citoyenneté économique" et, corollairement, se recomposent les rapports de pouvoir dans une « éthique » partagée de l’illégalité. Ces réflexions ont conduit de fait à une interrogation sur la transformation des autorités régulatrices, singulièrement de l’Etat, où il est apparu que les modalités de formation et d’exercice du pouvoir sont indissociables des formes locales de construction des savoirs.

Ces recherches ont donné lieu à de nombreuses publications dans des revues et ouvrages collectifs, en anglais et en français (cf. rapport individuel de Janet Roitman), ainsi qu’à la sortie imminente chez Princeton University Press du livre de Janet Roitman, Fiscal Disobedience : An Anthropology of Economic Regulation in Central Africa, à paraître aussi en français chez Karthala, sous le titre L’incivisme fiscal. Une anthropologie de la régulation économique dans le bassin du lac Tchad.

Un colloque international sur ce thème, organisé par Janet Roitman, s’est également tenu en septembre 2003 en Allemagne, rassemblant des spécialistes du Bassin du lac Tchad, dont Gilbert Taguem Fah, chercheur associé au labo. Les contributions ont donné lieu à la publication d’un n° spécial de Politique africaine, n° 94, juin 2004, en partenariat avec le Club du Sahel.

Parallèlement à ces recherches sur les modes de régulation politique et la « citoyenneté économique » dans le bassin du Lac Tchad, des recherches connexes et comparatives se sont poursuivies sur les « figures de la réussite et du pouvoir », plus spécifiquement centrées sur l’évolution des itinéraires d’accumulation et des imaginaires de la réussite dans les sociétés africaines contemporaines. Les premiers travaux sur ce thème, lancés en 2000 par R. Banégas, J-P. Warnier, R. Marshall-Fratani, D. Malaquais et J. Roitman ont conduit à la publication d’un dossier de Politique africaine (n° 82, juin 2001) intitulé « Figures de la réussite et imaginaires politiques ». Cette problématique a ensuite été poursuivie par chacun des auteurs (notamment par Dominique Malaquais autour de la figure du feyman camerounais et par Richard Banégas au cours de ses enquêtes récentes en Côte d’Ivoire) et a fait « école », puisque deux thèses de science politique consacrées à la RDC se sont engagées sur cette voie. L’une, celle d’Alphonse Maindo sur la violence et le pouvoir, a été soutenue le 26 mars dernier, l’autre, celle d’Emilie Raquin (sur les élites kinoises) est en phase de rédaction terminale. Tous les deux ont également publié sur ce thème. Cette problématique des figures de la réussite constituera un des axes de recherche privilégiés du nouveau contrat quadriennal.

 Démocratie, autoritarisme et citoyenneté : la problématique des transitions politiques
Autre axe majeur des recherches menées sous le thème I de la transformation des espaces publics africains : l’analyse des processus dits de transition ou de démocratisation engagés depuis le début des années 1990. Point de recherches collectives sur ce sous-thème, mais de nombreux travaux individuels qui ont donné lieu à communications et publications, en français et en anglais.

R. Banégas a publié un ouvrage sur le processus de transition au Bénin (La Démocratie à pas de caméléon. Transition et imaginaires politiques au Bénin, Karthala, Coll. Recherches internationales, sept. 2003) et bouclé (provisoirement ?) son programme de recherche sur la subjectivation politique par le vote qui s’est concrétisé par diverses communications et publications sur ce thème, dont un colloque de l’AFSP à Bordeaux et un ouvrage collectif en anglais (dir. par Jean-Louis Briquet et Peter Pels) sur les cultures matérielles du vote à paraître bientôt chez Hurst and Co. Il poursuit désormais sa réflexion sur la formation complexe des identités citoyennes et l’évolution des imaginaires politiques sur le terrain ivoirien où la problématique de la citoyenneté se pose avec une évidente acuité. Au cours de ses dernières missions, il a notamment mené des enquêtes en milieu populaire abidjanais sur les significations sociales de la nationalité, de l’ivoirité et du patriotisme qui mettent en évidence l’affirmation puissante d’une « citoyenneté du terroir » où le principe d’autochtonie politique tient lieu de référent central. Il a mené sur le même thème (mais auprès des Ivoiriens résidant en France) une enquête collective avec les étudiants du DEA d’Etudes africaines dont les résultats se sont révélés convergents. Les données de ces enquêtes sont actuellement en cours d’exploitation en vue d’une future publication. Elles vont être complétées par une autre mission de recherche portant plus spécifiquement sur les micro-espaces publics de quartier où se déploient cette parole citoyenne et patriotique, à savoir : les Parlements, Agoras et autres Sénats qui se sont développés à l’initiative des jeunes dans la plupart des quartiers d’Abidjan et constituent aujourd’hui une toile serrée de contrôle social et politique. De fait, cette recherche sur la citoyenneté, le nationalisme et le patriotisme, conduit à une réflexion plus large sur l’affirmation des jeunes urbains qui, à la faveur du conflit et de la violence, « se lèvent en hommes » dans l’espace public.

Daniel Bourmaud, quant à lui, a continué d’explorer les aléas des processus de transition, en soulignant l’importance du legs autoritaire et la permanence de ses effets. A l’inverse de R. Banégas qui aborde ces phénomènes “ par le bas ” dans l’ordre des imaginaires, il privilégie une approche institutionnelle des régimes politiques. Il a développé notamment cette réflexion dans son séminaire du DEA d’Etudes africaines, mais aussi dans de nombreuses communications et publications en française et en anglais.

Les recherches de deux doctorant au moins s’inscrivent explicitement dans le cadre de ce sous-thème. Celles de Julien Kieffer, d’abord, qui fait sa thèse sur les espaces publics locaux et les politiques publiques foncières au Burkina Faso. Avec J-P. Jacob de l’IRD Ouagadougou, il mène actuellement un programme de recherche collective assez novatrice sur les citoyennetés locales et contribue à la mise en place d’un laboratoire de recherche burkinabé intitulé « Recherche sur les citoyennetés en transformation » (RECIT) associé à un pôle action dirigé par Antoine R. Sawadogo. La thèse de Thomas Atenga (soutenue mi mars), ensuite, consacrée aux rapports entre le pouvoir et la presse au Cameroun et au Gabon depuis le début des années 1990 fournit une analyse en profondeur des processus de restauration autoritaire dans ces deux pays. C’est une contribution importante à l’étude des processus – ici ratés – de transition.

Dans le cadre de l’axe III, Thomas Atenga, doctorat en poche, propose désormais de lancer un nouveau groupe/programme de recherche en collaboration avec E. Adjovi (Agence internationale de la Francophonie) et Marie Soleil Frère (ULB Bruxelles) sur “ les médias et les transformations de l’espace public en Afrique ” qui devrait donner lieu à un dossier spécial de Politique africaine en 2005.

Dominique Malaquais, quant à elle, a développé une approche originale des processus de subjectivation politique et des dynamiques sociopolitiques d’individuation, à travers une analyse de l’architecture et des cultures matérielles. Quoique d’inspiration très différente des recherches susmentionnées, ses travaux sur le Cameroun et l’Afrique du Sud s’inscrivent à bien des égards dans la problématique de ce sous-thème (Voir son livre paru chez Karthala et autres publications in fiche individuelle).

 Dynamiques religieuses, subjectivation politique et citoyenneté
Enfin, un troisième sous-thème s’est progressivement imposé comme axe structurant des recherches des membres de l’équipe travaillant sur les espaces publics : les dynamiques religieuses comme vecteurs de recomposition des figures de la citoyenneté et de la subjectivité politique.

La problématique commune à ces travaux réside dans la volonté de se défaire des anciennes grilles de lecture des rapports entre politique et religion en Afrique, pour mettre l’accent sur les dynamiques d’individuation sociale et les imaginaires politiques de la globalisation et de la modernité, véhiculés par les nouveaux mouvements religieux, qu’ils soient d’obédience chrétienne ou islamique. Un dossier spécial de Politique africaine (n° 87, octobre 2002), dirigé par Ruth Marshall-Fratani et Didier Péclard, a été publié sur ce thème, sous le titre « Les Sujets de dieu ». Il traite aussi bien des mouvements pentecôtistes que des nouveaux imams du Caire. R. Marshall a également dirigé, avec André Corten, un ouvrage comparatiste en anglais sur les églises pentecôtistes en Afrique et en Amérique latine, (Between Babel and Pentecost : Transnational Pentecostalism in Africa and Latin America, London: C. Hurst Publishers, 2000). Spécialiste reconnue de ces phénomènes, elle a aussi publié de nombreux articles et contributions sur ce sujet, principalement axés sur son terrain, le Nigeria.

Citons également à l’appui de ces travaux sur les dynamiques religieuses et la citoyenneté, les travaux de notre collègue Gilbert Taguem Fah, chercheur associé, sur les mouvements de réislamisation dans le Nord Cameroun.

Soulignons enfin, dans la même veine, les travaux en cours de deux doctorants :
 - Emilie Raquin citée plus haut qui, dans son étude sur les nouvelles figures de la réussite en RDC, s’intéresse tout particulièrement aux pasteurs et aux nouvelles Eglises de réveil qui fleurissent à Kinshasa;
 - Xavier Audrain qui, dans le cadre d’un échange universitaire avec l’université C. Anta Diop de Dakar, réalise une recherche passionnante sur un nouveau mouvement politico-religieux issu du mouridisme, le MMUD du « général » Modu Kara, après avoir travaillé sur les Baye fall (cf. publications in Politique africaine).

De nombreux mémoires de DEA ont également exploré cette veine, notamment en 2004 celui de Marie Brossier qui vient d’obtenir une allocation de recherche pour mener à bien une thèse comparatiste sur les débats autour du droit de la famille au Sénégal et en Egypte sous l’influence des mouvements de réislamisation.

Christian Delmet a poursuivi ses recherches en histoire et anthropologie sur les populations (Funj, Hamaj, Jumjum et Maban) du sud de l’Etat du Blue Nile et du nord de celui du Upper Nile, s’intéressant plus particulièrement aux systèmes de parenté et de mariage et aux pratiques religieuses. Il s’est intéressé aux transformations politiques et sociales au Soudan. Il a suivi l’évolution des relations Nord / Sud et entre Khartoum et les autres « régions marginalisées » : Abyei, Southern Blue Nile, Mts Nuba, Dar Fur, Kassala... Il a également observé l’évolution des relations du pouvoir avec les oppositions (extérieure et intérieure) ainsi qu’entre le Soudan et la communauté internationale… En tant que membre d’une mission internationale, il a participé à une enquête et un rapport sur l’esclavage, les enlèvements et le travail forcé au Bahr al-Ghazal et au sud-Darfur.

Autant dire que dans le prochain programme quadriennal les recherches sur les dynamiques religieuses et la subjectivation politique continueront d’occuper une place de choix, et tendront même à se renforcer en relation avec les autres recherches menées dans l’UMR.
 
 
 
© MALD 2003 - Université Paris 1 Panthéon Sorbonne / CNRS